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Des accents sur les capitales ?Pourquoi vous a-t-on dit qu'il ne fallait pas en
mettre ? Formé à bonne école (celle de la typo à l'ancienne), j'ai été informé dès 1981 d'une règle qui surprend en moyenne 9 personnes sur 10 : Il faut mettre les accents sur les capitales. Depuis je ne rate jamais une occasion de prêcher la bonne parole typographique, raison pour laquelle j'ai rédigé la page ci-dessous. |
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Lorsque j'annonce cette surprenante règle typographique, on me rétorque systématiquement "Non on ne doit pas mettre d'accents sur les capitales (majuscules)". Et pour cause c'est depuis l'école primaire qu'on nous l'enseigne et le système éducatif francophone est unanime sur ce sujet : on n'en met pas. Cette belle assurance du corps professoral provient du fait que pendant près d'un siècle (en gros de 1890 à 1970) on a utilisé pour composer (assembler les caractères dans le but d'imprimer un livre) des machines à composer automatiques (linotypes et monotypes) fabriquées dans les pays anglo-saxons qui ne permettaient pas pour des raisons techniques de mettre des accents sur les capitales. Dans ces pays les accents ne sont pas un problème puisqu'on ne les utilise pas. Pour les bas-de-casse (minuscules) pas de problème, il suffisait de créer des matrices (moules) adaptées, les capitales quant à elle refusaient l'alignement supérieur (l'accent dépasse du haut du bloc de la lettre) sur les linotypes et monotypes. De Gutenberg jusqu'à l'arrivée des machines à composer, des matrices à la forme complexe avaient été mises au point pour les capitales accentuées, l'assemblage des caractère issus de ces matrices ne posaient pas de problème car c'étaient des doigts agiles qui s'en chargeaient. Résultat : entre l'invention de l'Imprimerie à caractères mobiles et la fin du XIXème siècle on a composé les textes dans les pays francophones avec des accents sur les capitales. Face à l'arrivée des machines à composer, les imprimeurs francophones auraient pu faire de la résistance pour maintenir ce procédé de composition manuel qui garantissait cette tradition typographique, mais le rendement de la composition automatique était largement supérieur à la composition manuelle (on est passé de 1000 à 8000 caractères/heure) et ces braves ouvriers ont du capituler devant la prouesse technologique anglo-saxonne et l'augmentation des cadences infernales.
Le marché de l'édition continuait à progresser sur sa lancée amorcée au début du XIXème, la scolarisation, l'apprentissage de la démocratie et le développement de la presse, y contribuaient largement et les industries graphiques ont du répondre à cette demande croissante. La composition automatique y répondait parfaitement. C'est donc au moment où une population alphabétisée toujours croissante accédait massivement à l'écrit que l'on a utilisé ces machines qui avaient ce léger défaut typographique (pour la langue française au moins). On a donc alphabétisé pendant plusieurs décennies des dizaines de millions de francophones à l'aide de livres composés avec une technologie ne permettant pas d'accentuer les capitales. Cet usage lié à une limite technologique a avec le temps été considéré comme une règle par des enseignant qui en une vie de lecture n'avaient jamais vu de capitales accentuées. On comprend alors aisément leur assurance sur le sujet.
Mais une nouvelle évolution technologique vient bouleverser l'assurance du corps professoral. L'informatique qui pénètre le secteur des industries graphiques à partir des années 1960 permet de renouer avec la tradition typographique. En effet la photocomposition dans un premier temps et la numérisation des caractères par la suite permet de placer à nouveau les accents sur les capitales puisque les matrices optiques ou digitales sont moins contraignantes que les matrices mécaniques de fonderie. Les typographes se rappellent de l'usage antérieur et exigent des constructeurs de matériels de composition (pas seulement anglo-saxon cette fois) de le respecter dans la mise au point de la technologie. Cette exigence est entendue et la Publication Assistée par Ordinateur continue sur cette voie dans les années 1980. A ce jour tous les logiciels permettent d'accentuer les capitales. |
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Avant toute chose l'accent a pleine valeur orthographique, ce qui signifie que si vous oubliez un accent sur une minuscule ou une majuscule, vous faites une faute d'orthographe. De plus l'omission de l'accent peut créer des confusions au niveau du sens. Ci-dessous deux exemples célèbres de confusions sémantiques dues à l'omission d'accent :
![]() Des confusions au niveau de la prononciation peuvent aussi avoir lieu. Pensons à l'usage de mettre les prénoms en minuscules et les noms en majuscules, combinons avec l'omission des accents et on obtient des noms de familles mal prononcés (en tant qu'enseignant confronté à cela à chaque rentrée scolaire, je trouve qu'on n'a pas besoin de cela pour ajouter à la confusion ambiante). Plus sérieusement la moindre des choses consiste à prononcer correctement les noms de gens qu'on fréquente, l'usage des accents dans ce cas peut y contribuer. Enfin l'omission d'accent ralentit la lecture et donc la compréhension du texte. Déjà, des tests de lisibilité du texte montrent qu'un texte en minuscules se lit plus rapidement qu'un texte en majuscules (donc se comprend plus vite) si l'on ajoute à cela des hésitations sur la présence ou l'absence d'accent on obtient un texte moins précis et plus lentement compris si l'accentuation des capitales est omise. Ce qui va évidemment à l'encontre de l'efficacité de la communication. |
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Certains experts en typographie vont jusqu'à proposer mettre les points sur les i en majuscules, certes on gagnerait là aussi en lisibilité (voir l'exemple ci dessous), malheureusement les polices de caractères standards ne proposent pas cette subtilité typographique.
L'argument de certains graphistes contre la proposition ci-dessus et l'accentuation des capitales est la perte de l'alignement horizontal supérieur. |
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Si vous en êtes arrivé là de la lecture de ma prose, c'est que j'ai commencé à vous convaincre et vous vous demandez comment procéder face à votre clavier d'ordinateur. Il s'agit d'utiliser l'accent flottant avec la lettre en question. Dans un clavier AZERTI
Dans beaucoup de logiciel et dans Microsoft Word en particulier, la règle est la suivante : Taper l'accent flottant d'abord, la lettre ensuite. Ne pas oublier de forcer Word à afficher les accents sur les capitales via le menu outils/options (par défaut cette option est désactivée) :
Enfin dans Word il existe une combine pratique et rapide permettant de basculer une saisie minuscule en majuscule (ou le contraire) : la combinaison de touche [Maj]+[F3] qui s'applique au texte sélectionné ou au mot dans lequel le curseur clignote et transforme la saisie en minuscule, en saisie en minuscule avec majuscule initiale, puis en saisie tout en majuscule. Ex. : |
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Saisie initiale |
accentuée |
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Après [Maj]+[F3] |
Accentuée |
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Après un deuxième [Maj]+[F3] |
ACCENTUÉE |
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Maintenant vous faites comme vous voulez, je ne suis pas de la Police... Si je ne suis pas parvenu à vous convaincre, ça fait mon problème (comme on dit chez nous en Afrique de l'Ouest). |